Et les zones bleues, alors ?

Tu veux vraiment qu'on parle des haricots qui permettent de vivre centenaire ?
Et les zones bleues, alors ?

"Les habitants des zones bleues mangent des céréales, des légumineuses, des patates douces, et ils vivent jusqu'à 100 ans. Donc les glucides, c'est pas le problème."

C'est l'argument massue qu'on me sort régulièrement. Et je comprends, parce qu'en France, les zones bleues sont reprises partout comme une vérité établie. À la télé, à la radio, sur les sites santé, les blogs nutrition, tout le monde répète la même chose : mangez des plantes, réduisez les protéines animales, et vous vivrez centenaire.

Personne ne vérifie. Tout le monde répète bêtement. Alors vérifions.

Déjà, c'est quoi cette histoire de zones bleues ?

En 2000, un universitaire italien et un démographe belge découvrent dans les montagnes de Sardaigne une concentration inhabituelle de centenaires. Ils délimitent la zone sur une carte avec un feutre bleu. C'est tout. C'est de là que vient le nom.

En 2004, un journaliste américain, Dan Buettner, récupère le concept, le vend à National Geographic, y ajoute arbitrairement Okinawa, la Grèce, le Costa Rica, et dépose la marque "Blue Zones" en 2005.

Depuis, c'est devenu une franchise : des livres, des plats surgelés au supermarché (y compris un "Korean Bowl" alors que la Corée n'est même pas une zone bleue), des retraites bien-être hors de prix, et des programmes d'accréditation pour les villes.

On n'est pas exactement dans la recherche scientifique désintéressée.

Deuxième surprise, et pas la moindre : un chercheur de l'University College London, Saul Newman, a passé dix ans à traquer 80% des supercentenaires de la planète. Résultat : 82% d'entre eux n'ont pas de certificat de naissance.

En 2010, le Japon a découvert que plus de 230 000 personnes inscrites comme centenaires sur les registres étaient introuvables ou déjà décédées. En Grèce, 72% des centenaires touchant une pension étaient décédés. Au Costa Rica, 42% avaient menti sur leur âge.

Newman a été récompensé en 2024 pour ses travaux. Sa conclusion : les zones bleues correspondent à des régions pauvres, peu alphabétisées, avec une mauvaise tenue des registres d'état civil. Le vrai secret de la longévité extrême ? Des erreurs administratives et de la fraude aux pensions 😅

Et Michel Poulain, le démographe belge qui a co-découvert la zone bleue de Sardaigne et qui est cité partout comme la référence ? Ses propres publications montrent que les protéines animales étaient présentes dans toutes les zones bleues. Mais ça, bizarrement, aucun article en France ne le reprend.

Maintenant, regardons ce que ces gens mangeaient vraiment.

En Sardaigne, les centenaires vivaient à 800 mètres d'altitude. Ils élevaient des moutons, des chèvres, des cochons (pour les manger, hein, pas pour faire joli). Ils cuisinaient au saindoux. Ils ajoutaient du lard salé dans la soupe. Fromages fermentés, viandes, poisson, charcuterie, bouillons d'os, gras animal au quotidien. Quand un chercheur leur a demandé s'ils mangeaient de la viande, ils ont répondu "une fois par semaine". Sauf que ce qu'ils décrivaient, c'était le grand barbecue communautaire du dimanche. Le reste de la semaine, les protéines et le gras animal étaient partout. Ils ne les comptaient pas comme "de la viande". C'était juste leur quotidien.

À Okinawa, le fameux "régime patate douce" vient d'un relevé alimentaire de 1949. Quatre ans après la bataille la plus meurtrière du Pacifique, qui avait tué un quart de la population civile et détruit plus de 90% des bâtiments. La quasi-totalité du cheptel porcin avait été décimée. Avant la guerre, les Okinawais mangeaient du porc, buvaient du lait de chèvre, et une étude japonaise de 1992 a constaté que pas un seul centenaire n'était végétarien.

En Grèce, à Ikaria, des milliers de chèvres en liberté pour à peine 8 000 habitants. Des assiettes entières d'escargots pendant le jeûne orthodoxe. Du lait, de la viande et du fromage de chèvre le reste du temps.

Au Costa Rica, les chercheurs eux-mêmes ont reconnu que les habitants avaient un régime riche en protéines et graisses animales, et cuisinaient au lard.

Tu vois le schéma ? Ce qu'on te vend comme "le secret de la longévité" est un concept commercial qui a pris des bribes de réalité, a gommé tout ce qui ne collait pas (le lard, le porc, le fromage, les escargots, la viande), et t'a resservi le tout en version "95% végétal".

Et quand on sait que depuis 2020, la marque Blue Zones appartient à Adventist Health, le bras santé de l'Église adventiste du 7ème jour, dont la co-fondatrice, Ellen White, enseignait que la viande "stimule les propensions lubriques" et "affaiblit la nature morale et spirituelle", on comprend mieux pourquoi les protéines animales ont disparu du récit.

Si tu veux aller plus loin et comprendre ce qui se joue vraiment derrière ce concept (foireux, il faut bien le dire), je t’invite à lire l’excellent article d’Alexandre Faure, ici.

Le vrai point commun entre toutes ces zones où on vit un peu plus vieux et un peu mieux que dans nos contrées modernes ? Les gens centenaires aujourd'hui ont construit leur santé à une époque où on consommait des aliments vrais, non transformés, préparés avec des techniques ancestrales, une activité physique naturelle, une vie en communauté, un rythme calé sur les saisons, et zéro produit industriel.

Pas une alimentation « majoritairement végétale ».

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