Arrête d'être la bonne élève de ton assiette

Attendre la permission, avoir peur de dévier : c'est le réflexe qui te garde dépendante d'une règle.
Arrête d'être la bonne élève de ton assiette

Il y a un profil que je reconnais entre mille, parce que c'était le mien : la bonne élève. Celle qui, dès qu'on lui donne des règles, les applique impeccablement. Qui coche, qui suit, qui ne dévie pas. Sur le papier, c'est une qualité. Dans l'assiette, ça peut devenir une prison.

La bonne élève ne se demande pas « est-ce que ça me convient ». Elle se demande « est-ce que j'ai le droit ». Elle a un aliment devant elle et, avant même d'avoir faim, elle cherche mentalement s'il est dans la liste des autorisés. Elle attend la permission. Et le jour où elle « dévie », elle ne se dit pas « ce n'était pas adapté », elle se dit « j'ai triché, j'ai été nulle ». Les repas deviennent un examen à passer, trois fois par jour.

Ce réflexe est le produit direct de vingt ans de régimes qui fonctionnent tous pareil : une autorité extérieure décrète le bien et le mal, toi tu obéis, et ta valeur se mesure à ton obéissance. Tu délègues l'autorité et la compétence sur ton corps à une personne, une méthode, une liste. Tu ne te fais plus confiance, tu fais confiance à la règle. Et plus la règle est stricte, plus tu te sens en sécurité, alors même qu'elle t'éloigne un peu plus de ton propre corps.

Sauf qu'une femme autonome ne mange pas « sans faute ». Elle mange en connaissance de cause. La nuance est énorme. La bonne élève évite le pain parce que c'est interdit. La femme autonome sait ce que le pain fait à son énergie, et décide en fonction, ici, maintenant, sans culpabilité si elle en prend, sans frustration si elle passe. Elle n'a pas besoin d'une permission, parce qu'elle a la compréhension nécessaire pour faire un choix éclairé et conscient.

Cette semaine, je t'invite à traquer une seule phrase dans ta tête : « est-ce que j'ai le droit ». Chaque fois qu'elle apparaît, remplace-la par « est-ce que ça me réussit ». C'est un tout petit changement de mots, mais il déplace le pouvoir. Il reprend le pouvoir que tu as donné à la règle et te le rend, à toi. Tu passes d'exécutante à décideuse.

Et si tu « dévies », pas de tribunal. Tu observes, tout simplement. Ce dessert t'a fait quoi, deux heures après ? Cette réponse-là t'apprend infiniment plus qu'une culpabilité qui, elle, ne t'a jamais fait perdre un gramme. La culpabilité, c'est du bruit. L'observation, c'est de l'information.

Sortir du rôle de la bonne élève, ça ne veut pas dire pour autant devenir laxiste. C'est simplement devenir adulte face à son assiette. Arrêter de chercher l'approbation d'un plan extérieur, et commencer à te faire confiance parce que, maintenant, tu comprends.

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