Comment on fabrique un corps qui ne déstocke plus

Six sollicitations par jour d'un côté, du muscle qui s'en va de l'autre. Les deux consignes officielles se renforcent l'une l'autre.
Comment on fabrique un corps qui ne déstocke plus

Prends une journée ordinaire, celle d'une femme qui applique les recommandations officielles à la lettre.

Flocons d'avoine, lait demi-écrémé, une banane et un jus d'orange pressé maison le matin. Une pomme vers dix heures trente, parce que la faim arrive plus tôt que prévu. À midi, crudités, escalope de dinde, riz complet, yaourt à 0 % et compote sans sucres ajoutés. Vers dix-sept heures, une poignée de fruits secs et une tranche de pain complet. Le soir, soupe de légumes, une part de quiche, un fromage blanc. Deux carrés de chocolat noir devant la télévision.

Rien à redire sur le papier. Regardons ce que ça donne à l'intérieur.

Chaque fois que ton corps reçoit des glucides, ton taux de sucre sanguin monte, et le pancréas envoie de l'insuline pour le faire entrer dans les cellules. C'est normal, c'est le travail de l'insuline, et il n'y a rien à reprocher à une insuline qui monte.

Ce qui compte, c'est ce qu'elle fait pendant qu'elle est haute.

Tant qu'elle est présente en quantité, elle freine la sortie des acides gras de tes réserves. Elle range, donc elle empêche de puiser. La porte du déstockage ne s'ouvre que lorsqu'elle redescend et reste basse un moment.

Maintenant, compte les moments où elle monte dans cette journée. Le petit-déjeuner et son jus. La pomme de dix heures trente. Le déjeuner, riz complet et compote. Le goûter de dix-sept heures. Le dîner. Les carrés de chocolat devant la télévision.

Six fois par jour, tous les jours, depuis quinze ans. Chaque montée arrive avant que la précédente ait fini de retomber.

Cette femme ne passe presque jamais une heure de sa journée en position déstockage. Le seul moment où elle y arrive vraiment, c'est la nuit.

Et l'essentiel de cette liste suit exactement les recommandations officielles. Les fruits, les féculents complets, les laitages, le jus pressé maison. Les seuls aliments qui laisseraient la porte du stock ouverte, les gras et les protéines en quantité suffisante, sont ceux qu'on lui a appris à limiter.

Voilà le premier mécanisme. Une insuline sollicitée en permanence par une alimentation officiellement irréprochable.

Le second mécanisme est plus discret, et il aggrave le premier.

Le muscle est le principal client du glucose que tu manges. C'est lui qui l'absorbe, c'est lui qui brûle de l'énergie en continu, y compris pendant que tu dors. Plus tu en as, plus ton corps a de destinations pour ce qu'il reçoit.

Or, deux consignes officielles travaillent contre ton muscle.

La première est le « pas trop gras », qui a conduit deux générations de femmes à composer des assiettes pauvres en protéines animales, remplacées par des féculents et des produits allégés. Sans matériaux, le muscle ne se maintient pas.

La seconde est le déficit calorique, cette recommandation qui semble si raisonnable. Chaque perte de poids obtenue par restriction emporte une part de masse musculaire avec la graisse. La reprise, elle, se fait principalement en graisse. Répète l'opération une dizaine de fois sur trente ans, et le solde est lourd. Tu reviens à ton poids de départ avec un corps qui n'a plus la même composition, ni la même capacité à encaisser un repas.

Assemble les deux.

Moins de muscle veut dire moins de destinations pour le glucose. Le sucre reste disponible plus longtemps, donc l'insuline travaille plus longtemps, donc la porte du déstockage s'ouvre encore moins. Et comme la balance ne bouge plus, on prescrit un nouveau déficit, qui emporte encore un peu de muscle.

La consigne officielle installe les deux conditions qui empêchent de maigrir, et se prescrit elle-même comme remède quand elle échoue.

Une précision, parce que je tiens à ce qu'on reste honnêtes. Je ne dis pas que ces campagnes ont créé l'obésité à elles seules, ce serait faux et personne ne me croirait. Le terrain se construit avec la génétique, les hormones, le sommeil, le stress, l'histoire de chacune. Ce que je dis, et je le maintiens : appliquées à la lettre pendant vingt ans, ces recommandations entretiennent et aggravent une dérégulation qui existait peut-être déjà à l'état discret.

Ce qui veut dire, à l'inverse, que tu as une prise. Espacer les prises alimentaires, nourrir vraiment tes repas avec des protéines et du gras, alléger la charge en glucides : trois leviers qui rendent à ton insuline les heures basses dont elle a besoin. Ton corps n'attend rien d'autre.

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