Elle ne va pas jeûner cette semaine. Et c'est sa plus grande victoire.

Sa balance est remontée. Avant, elle se serait punie. Aujourd'hui, elle est lucide, et ça change tout.
Elle ne va pas jeûner cette semaine. Et c'est sa plus grande victoire.

Il y a quelques jours, une cliente a eu une petite phrase que j'ai relevé et qui en dit long sur son évolution.

Sa balance était remontée, après un week-end festif. Lorsque j'ai "fait l'appel" sur le groupe pour savoir qui souhaitait se joindre à notre jeûne hebdomadaire, elle a répondu : « Je ne vais pas jeûner cette semaine. Parce que vu mon état d'esprit en ce moment, ce serait punitif. »

C'est tout. Mais pour moi, c'est immense.

On croit souvent que la lucidité s'arrête à l'assiette : savoir quoi manger, en quelle quantité. Mais c'est bien plus large que ça. Tout ce qu'on fait autour de la nourriture se questionne de la même façon, pas seulement ce qu'on avale. La manière dont on se prive aussi. Dont on se pèse. Dont on réagit quand le chiffre grimpe. Se priver, jeûner, compenser, ce sont des comportements qui méritent le même regard en conscience qu'un aliment.

Regarde ce qui se passe dans cette phrase. La balance monte, et elle ne panique pas. Elle ne se jette pas sur la première punition disponible. Elle s'arrête, elle se regarde, et elle se dit : là, tout de suite, me priver ne me ferait pas du bien. Ça me ferait du mal.

Elle a compris une chose que des années de régimes ne lui avaient jamais apprise. Jeûner pour compenser, ce n'est pas reprendre le contrôle. C'est le perdre. C'est dire à son corps « je te punis » au moment précis où il aurait besoin d'être rassuré.

Avant, le chiffre commandait. Il montait, elle se punissait. Il descendait, elle respirait. Sa paix dépendait d'une balance.

Aujourd'hui, c'est elle qui décide. Elle sait que ce qu'elle fait est juste, même quand le chiffre ne suit pas tout de suite. Elle sait qu'un kilo qui bouge, ce n'est pas un échec : c'est de l'eau, des hormones, un cycle, mille choses qui n'ont rien à voir avec sa valeur. Elle ne lit plus la balance. Elle se lit, elle.

Et c'est ça, sa plus grande victoire. Pas le poids qu'elle a perdu. Le réflexe qu'elle a perdu.

Parce qu'une femme qui ne se punit plus dès que la balance la contrarie, c'est une femme qui ne reprendra pas. Elle est descendue du manège : régime, privation, craquage, culpabilité, et on recommence. Elle a posé pied à terre.

On parle beaucoup de perte de poids. On parle rarement de ça. De cette paix-là. De ce moment où tu cesses d'être en guerre avec ton corps et où tu commences, enfin, à faire équipe avec lui.

C'est moins spectaculaire qu'un avant-après. C'est infiniment plus solide. Parce qu'une perte de poids, ça peut se reprendre. La lucidité, ça ne se perd pas, et ça change tout sur ta capacité à durer.

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