Elle n'osait pas commander l'entrecôte

Comment des années de 'mange léger' ont appris aux femmes à se sous-nourrir en protéines sans même s'en rendre compte
Elle n'osait pas commander l'entrecôte

Pendant un RDV, une cliente m'explique qu'elle a eu une fringale du feu de Dieu en fin de journée. Elle a craqué sur tout ce qui lui passait sous la main. Les placards, le frigo, le tiroir à gâteaux des enfants. Tout y est passé.

On décortique sa journée ensemble.

Le midi, elle était au restaurant italien avec son mari. Elle a pris une salade. Pas de pâtes, pas de pizza. Jusque-là, bon réflexe. Dans un resto italien, éviter les glucides, c'est exactement ce qu'il faut faire.

Mais quand je lui ai demandé s'il n'y avait pas autre chose sur la carte, quelque chose de plus dense, elle a marqué une pause. Et puis elle m'a avoué : "Il y avait une entrecôte. Mais je ne l'ai pas prise. Ça ne se fait pas."

Ça ne se fait pas.

Pas "je n'aime pas la viande". Pas "c'était trop cher". Ça ne se fait pas. Point. Comme si commander une entrecôte dans un restaurant italien, c'était déplacé. Comme si une femme qui prend de la viande rouge quand son mari mange des tagliatelles, c'était trop. Trop visible. Trop gourmand. Trop "pas ce qu'on fait quand on fait attention".

Quand elle m'a dit ça, j'ai pensé à toutes les autres. Parce que c'est un schéma que je vois en boucle en coaching. La femme qui choisit le plat le plus "raisonnable" du menu. Qui se sert en dernier à table. Qui dit "non merci, ça va" alors que son corps hurle le contraire.

Et ce n'est pas qu'une question de restaurant. C'est aussi la femme qui cuisine un poulet rôti pour toute la famille et qui se garde le blanc sans la peau. Celle qui grignote les restes des enfants au lieu de se préparer un vrai repas. Celle qui mange ses légumes vapeur en regardant son mari finir le fromage.

Ce ne sont pas des choix. Ce sont des réflexes. Des réflexes qu'on a construits en nous depuis l'enfance. "Prends une petite portion." "Tu n'as pas besoin de tout ça." "C'est trop riche pour toi." Les magazines avec leurs menus à 1200 calories. Les publicités pour des yaourts 0% avec une femme en blanc qui sourit devant une cuillère de rien.

On ne nous a pas appris à manger ce dont notre corps a besoin. On nous a appris à manger le moins possible, le plus discrètement possible, en dérangeant le moins possible.

Et après, on s'étonne de craquer à 17h.

Ma cliente n'avait pas un problème de volonté. Elle avait une salade dans le ventre et un corps qui réclamait ce qu'elle ne lui avait pas donné. La fringale, c'était un signal, pas une faiblesse. Son corps faisait exactement ce qu'il était censé faire : lui demander de manger.

Le jour où elle a compris ça, quelque chose a changé. Pas juste dans son assiette. Dans sa façon de commander au restaurant. De se servir à table. De ne plus s'excuser d'avoir faim. De ne plus calculer si "ça se fait" ou si "ça ne se fait pas".

Elle a arrêté de demander la permission.

Et c'est ça que j'aurais aimé qu'on dise à toutes les femmes, très tôt : tu as le droit de manger à ta faim. Tu as le droit de prendre la grosse portion. Tu as le droit de nourrir ton corps comme il en a besoin, pas comme les autres trouvent ça convenable.

La prochaine fois que tu es au restaurant, ne choisis pas ce qui "se fait". Choisis ce dont ton corps a besoin.

Et si c'est l'entrecôte, prends l'entrecôte.

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