« Est-ce qu'on a droit à un cheat meal ? »

C'est la question qu'on me pose le plus souvent avant de commencer. Regarde bien ce qu'elle contient.
« Est-ce qu'on a droit à un cheat meal ? »

La question, c'est celle-ci.

« Est-ce que dans votre programme, on a droit à un cheat meal dans la semaine ? »

Parfois c'est un jour, parfois un repas, parfois « un moment où on peut se lâcher ». Et il y a presque toujours la même phrase juste derrière, dite en riant à moitié :

« Parce que bon, il faut bien se faire plaisir, hein. »

Je ne pense pas que cette question soit idiote, ni qu'elle révèle un manque de sérieux. Elle est même parfaitement logique quand on regarde d'où viennent celles qui la posent. Trente ans de méthodes qui se tiennent en serrant les dents, ça apprend une chose : il faut prévoir de quoi respirer.

Ce qui m'arrête, c'est le moment où elle arrive.

Cette femme n'a pas encore rejoint le Programme ARG. Elle ne sait pas ce qu'elle va manger, elle n'a pas vu une seule assiette, elle n'a aucune idée de ce que sera son quotidien. Et elle organise déjà sa sortie de secours.

Prends une seconde là-dessus. On ne demande pas, avant de partir en vacances, à quel moment on aura le droit de rentrer. On ne prévoit pas ses jours sans lecture avant d'ouvrir un roman qu'on a envie de lire. Ce réflexe apparaît uniquement devant quelque chose qu'on s'apprête à subir.

Commencer un changement en planifiant déjà les moments où on va tricher, ce n'est pas commencer un changement. C'est lancer un compte à rebours.

Et un compte à rebours produit exactement ce qu'il annonce. Tu ne vis pas tes journées, tu les comptes. Ton attention entière est tournée vers le moment où ça s'arrête, ce qui est la définition même de quelque chose qu'on endure.

Regarde ce que la question suppose, sans jamais le formuler.

Que bien manger sera forcément privatif, sinon pourquoi prévoir une échappatoire. Que le plaisir se trouve ailleurs que dans l'assiette de tous les jours. Que se faire plaisir veut dire manger du sucre, parce que personne n'a jamais demandé à tricher avec un plateau de fromages. Et qu'une méthode se tient un certain temps, au lieu de se vivre.

Ces quatre croyances ne sont pas les tiennes. Elles t'ont été installées par des méthodes qui n'avaient rien d'autre à proposer que la privation, et qui devaient bien inventer une soupape pour que tu ne partes pas en courant au bout de dix jours.

Ma réponse va probablement te surprendre.

Dans le Programme ARG, il n'y a pas de cheat meal. Pas parce que je serais plus sévère que les autres, tu vas voir que c'est exactement l'inverse. Il n'y en a pas parce qu'il n'y a rien à fuir, et qu'on ne triche pas contre son propre corps.

Je n'interdis aucun aliment. Je ne te demande pas de tenir. Je ne te donne pas de règlement, donc tu n'auras rien à enfreindre. Une femme qui mange des choses qu'elle aime, en quantité suffisante, et dont le corps est enfin rassasié, n'a aucun repas de triche à attendre. Ses journées ordinaires lui vont déjà.

La bonne question n'est donc pas de savoir s'il y a un cheat meal, mais comment faire pour ne pas en avoir besoin.

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