Je pesais 105 kilos. Et ce n'est pas parce que je mangeais trop.

Trente ans. 105 kilos pour 1m72.
Pourtant, je ne passais pas mes journées à manger des chips devant la télé. Je bossais. Beaucoup. Trop. Des études en parallèle de mon boulot, des semaines à rallonge, du stress en perfusion, et une fatigue qui ne me quittait jamais. Le soir, je mangeais ce que je pouvais, quand je pouvais.
Je n'étais ni fainéante, ni gloutonne, ni stupide.
J'étais obèse.
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Un jour, j'ai décidé que ça suffisait. J'ai pris rendez-vous chez un nutritionniste. Un vrai, avec un diplôme et une plaque sur la porte. Il m'a mise au régime hypocalorique. 1200 calories. Salade, blanc de poulet, zéro gras. La totale.
Quatre semaines plus tard, j'avais pris 4 kilos.
Et tu sais ce qu'il m'a dit ? Que je devais tricher. Que c'était pas possible autrement. Que je mangeais forcément en cachette.
Prends-toi ça, la grosse. T'es obèse ET menteuse.
C'est ça, la réalité de l'obésité. C'est pas juste les kilos. C'est la honte. La culpabilisation. L'idée que si t'es grosse, c'est forcément de ta faute. Que tu manques de volonté, de discipline, de contrôle. Que t'as qu'à manger moins et bouger plus.
J'ai fini par perdre 40 kilos. En mangeant PLUS. Sans bouger plus. En comprenant que mon métabolisme était déréglé, que mon corps stockait au lieu de brûler, que mes hormones jouaient contre moi depuis des années.
Le corps d'un obèse ne fonctionne pas comme celui d'un mince. Il est programmé pour stocker : résistance à l'insuline, résistance à la leptine, inflammation chronique. Il réclame du carburant qu'il n'arrive pas à utiliser. C'est pas de la gourmandise. C'est de la biochimie.
Et quand j'ai commencé à m'en sortir, tu sais ce qu'on m'a dit ?
"Tu penses trop à la bouffe."
"Tu fais attention à tout ce que tu manges, c'est pas normal."
"T'es devenue orthorexique ou quoi ?"
L'ironie est assassine.
Quand j'étais obèse et que je mangeais n'importe quoi, n'importe quand, sans jamais y réfléchir, personne ne disait rien. C'était normal. "Elle est gourmande", "elle aime la vie", "elle se fait plaisir."
Mais le jour où j'ai commencé à choisir ce que je mangeais, à anticiper mes repas, à lire les étiquettes, à comprendre ce qui se passait dans mon corps — là, d'un coup, j'étais "obsédée".
Pourtant "penser à la bouffe", c'est normal. C'est sain. C'est même vital quand ton métabolisme dysfonctionne. Surtout quand ton métabolisme dysfonctionne.
Les obèses ne sont pas des minces qui mangent trop. Ce sont des personnes dont le corps fonctionne différemment, et qui ont besoin de PLUS de conscience alimentaire que les autres, pas moins.
En cette Journée Mondiale de l'Obésité, j'aimerais te demander une faveur : la prochaine fois que tu rencontres une personne qui galère avec son poids, ou une personne qui fait attention à ce qu'elle mange, abstiens-toi de commenter ses choix ou de donner des conseils.
Tu ne sais pas ce qu'elle vit, d'où elle vient et ce qu'elle a déjà mis en oeuvre – ou pas – pour prendre soin d'elle, et elle n'a pas besoin de tes "yakafokon".
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