Les nouvelles recommandations officielles mélangent nutrition et climat.

Ça pose 2 problèmes et c'est toi qui pourrais en payer les conséquences.
Les nouvelles recommandations officielles mélangent nutrition et climat.

Le 5e Programme National Nutrition Santé (PNNS 5) est en cours de finalisation. Il s'articule avec la Stratégie Nationale Alimentation Nutrition Climat (SNANC). Et pour la première fois dans l'histoire de la nutrition publique française, les repères alimentaires intègrent explicitement des critères de durabilité environnementale : climat, usage des sols, eau, biodiversité, écotoxicité. La version finale recommandera notamment un seuil maximal pour la consommation de viande, toutes viandes confondues, et une végétalisation accrue de l'assiette.

À mon sens, c'est problématique pour deux raisons. Et il faut les regarder l'une après l'autre.

Le premier problème, c'est une confusion de catégories. La nutrition est une science. La science du corps humain et des aliments. Elle a pour objet de répondre à une question : de quoi le corps a-t-il besoin pour vivre, fonctionner, se réparer ? La réponse est connue, documentée, mesurée depuis des décennies. Acides aminés essentiels (lysine, méthionine, leucine et compagnie). Acides gras essentiels longue chaîne (EPA, DHA). Vitamines liposolubles, hydrosolubles. Minéraux. Oligo-éléments. Cette physiologie ne dépend pas de la météo, ni de la situation climatique, ni des préférences éthiques de l'époque. Elle est ce qu'elle est, dictée par dix mille ans d'évolution humaine.

La climatologie est aussi une science. Mais elle répond à une question entièrement différente : quels sont les flux énergétiques de la planète, et comment l'activité humaine les perturbe ? Les deux sciences peuvent dialoguer. Elles peuvent se compléter. Elles ne peuvent pas se substituer l'une à l'autre.

En faisant entrer les critères climatiques dans les repères nutritionnels, le PNNS 5 brouille volontairement la frontière. Il transforme une recommandation de santé publique en injonction politique déguisée. Le citoyen lit « les autorités scientifiques recommandent moins de viande » et il pense que c'est pour sa santé. C'est en partie faux. C'est aussi pour le climat. Et ces deux objectifs ne se superposent pas parfaitement : ce qui est bon pour la planète n'est pas toujours ce qui est bon pour ton corps, et inversement.

Une petite incise pendant qu'on y est : avant de diaboliser les pets de vache et de réécrire les recos sur cette base, il y aurait peut-être quelques activités humaines bien plus polluantes et autrement moins vitales à mettre en cause en premier. Les vaches sont là depuis dix mille ans. Les jets privés beaucoup moins 😅

Mais ce n'est pas le sujet d'aujourd'hui...

Le deuxième problème, plus profond encore, c'est l'idée même qu'on puisse écrire des repères alimentaires universels qui s'appliquent à 67 millions de Français. Ça ne tient plus debout scientifiquement. Il est aujourd'hui largement démontré qu'une même alimentation ne déclenche pas les mêmes effets chez tout le monde. Origines, lieu de vie, génétique, sensibilité à l'insuline, composition du microbiote, âge, phase hormonale, qualité du sommeil, niveau de stress, tout cela module la réponse métabolique à un même repas. Une assiette idéale en moyenne n'existe pas, parce que la moyenne n'existe pas dans un corps réel.

L'avenir de la nutrition n'est pas dans les recommandations de plus en plus universelles, c'est dans les recommandations de plus en plus personnalisées. Pas un dogme commun. Une compétence individuelle.

Ça ne veut pas dire qu'il n'y a aucune règle. Il y a des fondamentaux, des besoins vitaux à honorer, des briques structurelles qu'aucun corps humain ne peut négliger longtemps sans en payer le prix. C'est ce qu'on a vu toute la semaine : protéines complètes, acides gras essentiels, vitamines structurelles. Sur ces fondamentaux, la science est limpide.

Mais autour de ces fondamentaux, c'est à toi d'apprendre à composer. À comprendre l'impact d'un aliment sur ton corps. À lire les signaux que t'envoie ton métabolisme : énergie qui monte ou qui chute, sommeil qui tient ou qui se fragmente, peau qui s'apaise ou qui s'enflamme, ventre qui se calme ou qui gonfle, poids qui se maintient facilement ou impossible à maîtriser. C'est ça, la vraie science nutritionnelle de demain. Ni un dogme imposé d'en haut, ni un influenceur de vingt-cinq ans qui prétend avoir trouvé la diète miracle, ni un courant éthique qui prend ton assiette en otage pour des raisons qui n'ont rien à voir avec ta santé.

Le PNNS 5 a sa place. Les recommandations officielles aussi : elles donnent un cadre général, un repère minimum, une boussole de base utile à beaucoup. Elles ne sont pas à jeter. Mais elles ne te dispensent pas, toi, de comprendre ton propre corps et de l'écouter.

C'est ce double mouvement, recommandations collectives en arrière-plan et lecture individuelle au premier plan, qui fait la vraie nutrition de demain.

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