Elle me demande si elle peut manger un fromage blanc

Et j'ai encore répondu « oui, non, peut-être ».
Elle me demande si elle peut manger un fromage blanc

J'ai encore reçu un message : « Est-ce que je peux manger un fromage blanc au goûter ? »

Il y a un « est-ce que je peux » là-dedans qui me pince un peu à chaque fois. Personne ne devrait avoir à demander la permission pour un pot de fromage blanc. Mais bon, on nous a appris à fonctionner comme ça, et je ne vais pas t'en vouloir de poser la question dans la langue qu'on t'a donnée.

Et ma réponse a encore été « ça dépend ».

Ça dépend d'abord de ce que tu appelles un fromage blanc. Parce qu'au même rayon, tu as le fromage blanc, le skyr, le yaourt grec, le petit-suisse, le 0 %, le 20 %, le 40 %. On les range ensemble, ils ne se comportent pas pareil. Le gras ralentit la sortie de l'estomac, donc à quantité égale, le pot entier te tient plus longtemps que le pot maigre. Le skyr, lui, est beaucoup plus concentré en protéines que les autres, et tu vas voir que ça compte.

Ça dépend de ce qu'il y a autour. Un fromage blanc seul et un fromage blanc avec une poignée d'amandes, ce sont deux goûters différents. Le gras et les fibres des amandes ralentissent tout le repas.

Ça dépend de l'heure. Le même pot à seize heures et à vingt et une heures ne tombe pas sur le même corps. Ta sensibilité à l'insuline n'est pas la même le matin, l'après-midi et tard le soir, et ce que tu fais après le repas non plus.

Ça dépend de ce que ton déjeuner a fait. Si tu es en train de manger à seize heures parce que midi n'a pas tenu, la question n'est déjà plus le fromage blanc.

Ça dépend de ta digestion. Contrairement à un fromage affiné, un fromage blanc contient encore du lactose. Certaines le supportent sans y penser, d'autres passent leur après-midi à le regretter.

Et ça dépend surtout de ce que tu cherches. C'est là que ça devient intéressant.

Parce qu'on a mesuré cette histoire, et le résultat est déroutant. Neuf personnes, du lait entier et du lait écrémé, et deux choses regardées en même temps : la glycémie et l'insuline.

La glycémie est restée sage. Index glycémique de 42 pour le lait entier, 37 pour l'écrémé. Des chiffres bas, de quoi rassurer n'importe qui.

L'insuline, elle, est montée à 148 et 140. Trois à quatre fois plus haut que ce que la glycémie laissait prévoir.

Et ce ne sont pas les graisses, puisque l'écart est identique avec l'écrémé. Ce sont les protéines du lait. Et c'est pour ça que je t'ai fait remarquer la concentration du skyr : plus un laitage est riche en protéines, plus cette montée d'insuline est marquée, alors même que sa glycémie reste basse.

Du coup, quand tu me demandes si tu peux manger ce fromage blanc, tu vois pourquoi je ne vais pas te dire oui ou non.

Si tu cherches à ne pas solliciter ton insuline toute la journée, ce n'est peut-être pas une bonne idée. Si tu digères mal le lactose, pareil. Et si ton goûter est en fait le repas que tu n'as pas fait à midi, on a un autre sujet à traiter avant celui-là.

Voilà pourquoi je ne donne pas de liste d'aliments autorisés. Parce que la même cuillerée de fromage blanc ne fait pas la même chose chez toi et chez ta voisine, et que te donner une réponse unique reviendrait à en choisir une au hasard.

Reste qu'il y a deux façons de dire « ça dépend ».

Il y a celle qui te renvoie chez toi avec ton pot et ton point d'interrogation. Elle est confortable, elle ne coûte rien, et elle n'aide personne.

Et il y a celle qui te donne la liste de ce dont ça dépend, pour que tu puisses trancher toute seule la prochaine fois. Celle-là demande beaucoup plus de travail, à moi comme à toi.

C'est la seule qui te serve à quelque chose.

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