Le tabac aussi est 100 % végétal

« Végétal » est devenu un argument santé à lui seul. Pourtant, ce mot dit seulement d'où vient la matière première, jamais ce qu'on en a fait.

Steak végétal. Lait d'avoine « barista ». Fromage végétal à tartiner. Biscuits vegan au chocolat. Crème glacée « plant-based », parce qu'en anglais, ça fait encore plus sain.

Tu as remarqué ? Il y a quelques années, ces produits se vendaient sur leur goût ou sur leur prix. Aujourd'hui, ils se vendent sur un seul mot, écrit en gros, en vert de préférence : végétal.

Et ce mot fait un travail incroyable. Il ne promet rien, il ne chiffre rien, il ne prétend même pas être bon pour la santé. Il n'en a pas besoin. Le raisonnement, tu le fais toute seule, en une demi-seconde, devant le rayon : ça vient des plantes, donc c'est naturel, donc c'est bon.

Trois marches. Aucune ne tient.

Le tabac est une plante. Semé, cultivé, récolté, séché. 100 % végétal, du champ jusqu'au paquet. Personne n'a jamais vanté une cigarette pour sa richesse en végétal.

La cocaïne, au départ, c'est une feuille. Une feuille de coca, qu'on transforme, qu'on purifie, qu'on concentre. D'origine végétale du début à la fin… et pourtant, je ne connais aucun nutritionniste qui la conseille au petit-déjeuner.

Tu vas me dire que je pousse le bouchon un peu loin, Maurice. Oui (c'est lundi, j'ai le droit). Mais ces deux exemples montrent très bien où se trouve le vrai sujet. L'origine de la plante ne dit rien. Ce qui compte, c'est ce qu'elle est devenue en route.

Prends un steak végétal de supermarché, un classique. Pour qu'une poignée de pois ou de soja ressemble à de la viande, il faut d'abord les démonter : on en extrait les protéines, on les isole, on les texture. Puis on remonte le tout avec des huiles raffinées, des amidons, des épaississants, des arômes, beaucoup de sel, parfois un colorant pour imiter le jus de la viande.

Il y avait une plante au départ. À l'arrivée, il y a une usine.

Et l'affaire dépasse largement la question du goût. Une grande étude britannique a suivi plus de 126 000 adultes pendant neuf ans. Plus la part de produits végétaux ultra-transformés montait dans leur alimentation, plus leur risque de maladie cardiovasculaire montait aussi, et plus leur risque d'en mourir. Une étude d'observation ne prouve pas tout à elle seule, d'accord. Elle dit au moins une chose très clairement : le mot végétal ne protège de rien.

Comprends-moi bien. Je ne parle pas de manger des plantes. Je ne parle pas non plus de celles qui ont choisi de ne pas manger d'animaux, c'est leur affaire et je la respecte. Je parle d'un mot qui est devenu un argument, et d'un argument qui fait passer n'importe quoi.

Parce que tu as appris à te méfier. Du sucre, des produits allégés, du « riche en fibres » collé sur un paquet de céréales. Tu as fait ce travail-là, et il t'a coûté du temps. Le végétal, lui, a hérité d'une confiance totale. C'est le seul mot de l'emballage qu'on ne questionne plus.

Sauf que transformer un aliment, c'est le transformer. Qu'il vienne d'un pré ou d'un champ, le procédé ne fait pas la différence. Une protéine isolée, une huile raffinée, un amidon modifié, un arôme : ce qui arrive dans ton corps, c'est le résultat d'une chaîne de fabrication.

Et ce résultat-là, il a beau avoir poussé dans la terre au départ, il est arrivé dans ton assiette par un tout autre chemin.

Une plante transformée en produit industriel reste un produit industriel.

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