Les conseils anti-fringale arrivent tous avec cinq heures de retard

Le verre d'eau, les dents brossées, le placard vide : ils interviennent tous au moment où ton corps réclame déjà. La fringale, elle, est née bien plus tôt.

Bois un grand verre d'eau. Brosse-toi les dents. Ne garde rien dans les placards. Change de pièce, occupe-toi les mains. Mâche un chewing-gum.

Tu les connais par cœur. Tu en as sûrement testé trois ou quatre, parfois le même jour.

Le verre d'eau, d'abord. L'idée, c'est que tu confondrais la soif et la faim. Ça arrive, de temps en temps. Mais quand ça tombe tous les jours à 17h, il va falloir plus qu'un verre d'eau pour me convaincre que c'est la soif.

Les dents brossées. Le goût de menthe coupe l'envie de sucré… le temps que la menthe s'en aille.

Le placard vide. Celle-là est la plus raisonnable, je te l'accorde (moins de biscuits sous la main, moins de biscuits dans la bouche). Sauf qu'à 17h30, quand il n'y a plus de biscuits, tu manges le pain de mie des enfants. Puis le fromage râpé, debout, directement dans le sachet. L'envie n'a pas disparu avec le paquet, elle a changé de cible.

Changer de pièce, s'occuper les mains. Tu plies du linge en pensant au chocolat. Bravo, tu as plié du linge.

Le chewing-gum. Il occupe la bouche. Il ne remplit rien.

Aucun de ces conseils n'est idiot. Certains retardent la crise de quelques minutes, parfois d'une heure. Mais ils ont tous le même défaut : ils interviennent à 17h, devant le placard, au moment où ton corps réclame déjà.

Ils ont aussi un autre point commun. Ils sont faciles à donner. Personne n'a besoin de connaître ta journée pour te conseiller un verre d'eau.

Et c'est là que le piège se referme. Puisque la solution proposée, c'est de tenir, le jour où tu ne tiens pas, la conclusion arrive toute seule : tu manques de volonté. Tu as eu le verre d'eau, le dentifrice, le placard vide… et tu as craqué quand même.

Sauf qu'une fringale qui tombe tous les jours à la même heure n'a rien d'un moment de faiblesse. C'est un rendez-vous. Et un rendez-vous, ça se prépare.

Elle a une heure de naissance, ta fringale de 17h. Et cette heure-là, ce n'est presque jamais 17h.

Elle naît à midi, dans la salade « raisonnable » où il n'y avait rien pour tenir l'après-midi. Ou le matin, avec le café avalé en guise de petit-déjeuner parce que tu n'avais pas faim. Parfois la nuit d'avant, celle où tu as dormi cinq heures. Ou dans la réunion de 15h qui a mal tourné.

À 17h, tout ça arrive en même temps. Et on te demande de faire face avec un chewing-gum.

Du coup, quand ça craque toujours à la même heure, le placard est le dernier endroit où chercher. Le premier, c'est le repas d'avant. Ce qu'il y avait dedans, et surtout ce qui manquait.

C'est moins spectaculaire qu'une astuce. Ça ne tient pas dans une liste de cinq conseils. Mais c'est le seul endroit où tu as encore la main, parce qu'à midi, tu ne réclames rien : tu choisis.

À 17h, la partie est déjà jouée.

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